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La Bresse

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Octobre / Novembre

OCTOBRE

Octobre arrivait, et avec lui les jours de plus en plus courts. Les veillées s’intensifiaient. Il fallait dégager les panouilles de maïs de leur gangue de feuilles, pour pouvoir les torréfier à point, avant de les égrener en novembre et mener les grains au moulin, pour en revenir avec cette merveilleuse farine de gaudes qui a nourri des générations de paysans, et … nombre incalculable de volailles !

Octobre est aussi le mois où des choses insolites commencent à se dérouler à l’extérieur, dans la campagne, dans les sombres forêts. C’est du moins ce que veulent faire croire les Anciens. Et ils trouvaient toujours face à eux des gens pour boire leurs paroles. Histoires de loups-garous, de vouivres, de sorciers et autres fantômes plus affreux les uns que les autres.

Il faut dire qu’en ces temps anciens, la forêt n’était pas spécialement accueillante, et que les chemins défoncés et gorgés d’eau permettaient de tendre des embuscades facilement.

NOVEMBRE

La Toussaint


Le marguillier était passé dans les jours de la fin d’octobre pour quêter du vin, des œufs, du beurre, de la farine, de la farine… Sa femme devait en effet préparer de quoi sustenter les sonneurs du jour de la Toussaint : soupe au fromage, fricassée de boudins et autres fricots, matefaims et pognons.
En rappelant à chacun ses parents ou amis disparus, la Toussaint était pourtant la solennité la plus triste de l’année. Et dans nos campagnes pétries de foi chrétienne, elle était presque sinistre. On s’habillait de noir, pour aller à Vêpres. L’église était noire de monde, le curé dissertait un certain temps sur la mort, ravivant certaines douleurs…
Puis on visitait le cimetière, tandis que le marguillier entrait en action avec ses aides.
Les sonneurs buvaient un bon coup pour mouiller les cordes afin qu’elles ne s’échappent point de leurs mains ! Le glas funèbre se faisait entendre jusqu’à onze heures ou minuit… selon l’état des sonneurs… Dans la ferme, on était moins bruyant que chez le marguillier. On s’enfermait bien vite chez soi. Le repas du soir était marqué par une soupe aux noix : amandes jetées dans du lait bouillant, à laquelle on ajoutait un peu de pain en morceaux, dont tout le monde se régalait.
La veillée se terminait ensuite par quelques châtaignes, avant de prier une fois encore pour les défunts, et d’aller au lit. Là aussi, on priait, de même si on se réveillait durant la nuit.
Le prêche du curé avait impressionné tout le monde, aidé par les souvenirs douloureux et l’accumulation de prières du jour. Personne n’aurait osé sortir dans le froid glacial, de crainte de croiser un revenant. Une porte qui grinçait, une saute du vent contre les murs souvent disjoints, et des peurs ancestrales mordaient les entrailles des plus endurcis.

La Saint Martin (11 novembre)


Le maître du Sougey voyait arriver la Saint-Martin (11 novembre) avec plus ou moins d’appréhension. En effet, ce jour-là, à midi, prenait fin le service des valets et servantes de ferme. Si certains désiraient rester, la plupart changeaient de maître. Les dimanches qui précédaient le 11 novembre, valets et servantes se rendaient au bourg de la commune où ils pensaient s’affermer. Les garçons se groupaient sur la place. Les plus jeunes étaient accompagnés de leur père. De même, les servantes allaient et venaient par le bourg, celles qui n’étaient pas affermées se reconnaissant à leur devantier mis à l’envers. Maîtres et maîtresses de maison venaient faire leur choix.

Les garçons s’affermaient pour être grand valet, second, troisième, ou affoureur (on reconnaissait ce dernier à la paille qui dépassait d’une de ses poches). Ceux qui n’étaient pas encore engagés avaient un petit torchon de paille dans le dos. Quand les maîtres avaient fait leur choix, commençaient les discussions sur le montant de la paie, cela pouvait durer longtemps. Ils payaient un coup à boire à leurs nouveaux valets, parfois même un petit repas à l’auberge (mais c’était très rare !).

Les valets, eux, « payaient » leur arrivée dans la ferme en offrant quelques comptes de châtaignes (un compte = 5 châtaignes). Les servantes en étaient dispensées mais devaient montrer qu’elles savaient manier la poêle pour les cuire !

Le repas de Cochon

Evènement attendu à la ferme, chaque année au cours du mois de décembre, plutôt en début qu’en fin : la tuerie du cochon, prétexte à un repas dont on se rappelle ! C’est un gros travail, peu ragoûtant, mais qui donne de la viande pour une partie de l’hiver. Au Sougey, on devait probablement tuer au moins deux cochons chaque année.

Le saigno de cayon (saigneur de cochon), personnage qui se donne de l’importance, officie tout le jour, pour découper la bête, préparer les rôtis, les côtes, les pâtés, les jambons, les saucissons…
Le jour même, on mange la fricassée du boucher, cuite sous la grande cheminée dans une marmite et composée de gras-double et de morceaux de qualité inférieure, préparés au beurre et au vin blanc. Deux ou trois jours plus tard, a lieu l’enterrement du cochon ou repas de cochon, auquel sont conviés quelques parents, amis et voisins. C’est un joyeux et plantureux souper où les convives voient défiler sur la table les boudins, les boulettes, les côtelettes grillées et autres filets bouillis ou rôtis. Au Sougey on y ajoute généralement une bonne poularde, surtout que c’est l’époque où elles arrivent à maturité. On finit par des châtaignes, le tout arrosé de vin blanc et de vin rouge.

« Quand on tue le cochon, on a l’habitude de donner une fricassée de boudin aux voisins ».

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