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La Bresse

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Mai / Juin

Mai


Il y eut certainement, au Sougey, quelque jeune fille pour qui battit le cœur d’un gâchon des environs. Alors, au premier jour de mai, après s’être approvisionné en branches et en fleurs des champs, celui-ci vint planter le mai devant sa fenêtre. A moins, que plus hardi, ou en accord avec les parents de la belle, il eût l’audace d’accrocher son bouquet à la haute cheminée sarrasine qui surplombe le toit.
La douce demoiselle mit-elle devant sa porte une assiette de noisettes pour refuser le galant, ou se laissa-t-elle courtiser selon les règles du Tendre d’alors ? Qui peut savoir ?

3 mai : Invention de la Sainte Croix ou Croix de Saint-Jean-Baptiste


Comme dans toutes les fermes de Bresse, on a passé au Sougey plusieurs soirées à confectionner des petites croix en coudrier. On a employé plus spécialement les jeunes pousses de l’année précédente, lisses et droites, coupées à une hauteur moyenne d’un mètre et fendues à environ quinze centimètres du sommet sans trop faire éclater le bois, pour que le petit croisillon, inséré dans la fente, tint solidement pour former les bras de la croix. Il suffisait, une fois qu’elles avaient été bénies, d’aller les planter dans les champs de blé, de seigle, avoine, orge et chanvre, pour la conservation des récoltes, leur préservation contre les intempéries, et même contre l’influence du mauvais sort. On n’en mettait pas dans les champs de maïs ni de pommes de terre !
La croix destinée à la chenevière était plus longue que les autres, la banche du coudrier étant conservée de toute sa longueur et garnie autant que possible de son bouquet de feuilles terminales : c’était l’invitation faite au chanvre d’atteindre cette hauteur.
Ces croix plantées dans les champs y restaient jusqu’à la récolte. Le moissonneur qui trouvait une de ces croix était très flatté. S’il était célibataire, il devrait se marier dans l’année !

Rogations


Durant les Rogations, c’est-à-dire les trois jours qui précèdent l’Ascension, avaient lieu des processions à travers la campagne pour attirer sur les fruits de la terre les bénédictions du ciel. Tout le monde y participait, et pendant ces trois jours, les ménagères ne confectionnaient pas de pain, de peur que toutes les fournées de l’année ne moisissent.
De même, on s’interdisait de faire la lessive, cela ferait mourir le maître de maison dans le courant de l’année ! Interdiction aussi de planter le maïs, qui ne produirait que des charbucles, épis charbonneux.
Par contre, le beurre fait à ce moment-là, avait la propriété de guérir une foule de maux divers, aussi bien chez les humains que chez les animaux. Et il se conservait sans rancir !

A l’époque des fêtes de Pentecôte, on venait s’approvisionner en eau bénite à l’église, et on en aspergeait la maison et le terrain qui l’entoure, pour se protéger des serpents.
Cela se terminait par la Fête-Dieu et ses processions, pour lesquelles le curé choisissait des enfants pour jeter des fleurs. Ils étaient habillés en surplis avec une couronne en fleurs naturelles, conservée ensuite précieusement : on en mettait un morceau au feu quand il tonnait fort, pour éloigner la foudre. On comprend pourquoi chaque famille désirait avoir un enfant choisi pour les processions.

Fête de la Saint-Jean


Le 24 juin, avait lieu la fête de la Saint-Jean d’été, survivance de la fête du Dieu Soleil qui se célébrait en Gaule au solstice d’été, marquant la fin de la fenaison, et le début des moissons. La veille au soir, on allumait des feux dans les lieux les plus propices à faire la fête, autour desquelles on menait des danses interminables. C’était aussi parfois le prétexte à certains relâchements que la morale aurait réprouvés en d’autres temps. Les jeunes gens les plus hardis n’hésitaient pas à prendre leur élan pour sauter par-dessus ledit feu.
Pendant ce temps, il paraît que les sorciers et autres guérisseurs allaient récolter les herbes médicinales, pour leurs futurs onguents, ou leurs maléfices…

Les moissons


Les Moissons, travail fatigant s’il en était, nécessitaient l’investissement de tout le personnel de la ferme. Dans les grandes fermes, au Sougey donc, chaque valet était suivi par une servante, et il était tenu, par galanterie, d’aiguiser son volant (sorte de grande faucille), et d’empiéter parfois sur son sillon pour la reposer un peu !
Lorsque le blé était sec, la grande servante faisait et posait les liens, les jeunes gens et les femmes enjavelaient, le grand valet liait et chargeait les gerbes, aidé parfois par le second valet. En pleine Bresse, la moisson durait parfois jusqu’à quinze jours. Le dimanche, on ne coupait pas, mais on rentrait à l’abri ce qui pouvait l’être. Ceux qui avaient fini leurs moissons avant les autres venaient aider les derniers.
On ne se serait pas permis de lâcher les bêtes dans les champs moissonnés avant que les pauvres de la communauté ne soient venus glaner, c’est-à-dire récolter les épis oubliés par les moissonneurs. C’était une tradition remontant au Moyen-Âge, et gare à ceux qui osaient y déroger ! D’ailleurs, souvent, les pauvres venaient donner un coup de main quand le temps menaçait.
Le premier dimanche des Moissons, on arrêtait le travail à midi, puis on s’amusait, le repas préparé par la maîtresse du Sougey était plus soigné que les autres jours. L’après-midi, le maître payait à boire à tous ses serviteurs, soit au bourg de Montrevel, soit dans la grange. Chaque valet était tenu de faire danser la servante qui le suivait dans les sillons de la moisson, puis il pouvait retrouver sa bonne amie.
Lorsque enfin la moisson tirait à sa fin, et qu’on avait engrangé le dernier champ de blé, on tirait en l’air, on faisait un boucan d’enfer, pour « tuer le renard ». Encore fallait-il être dans les premiers à finir, sinon on se faisait plus discret ! Le renard consistait en un fagot d’épines et de chardons, quelquefois ayant la forme d’un mannequin. Le plus dégourdi des moissonneurs allait le cacher dans un coin du champ, et prenait la fuite
Au Sougey, on faisait coïncider la fin des moissons avec la fin de la semaine, pour pouvoir fêter dignement la « revole ». On avait ainsi tut le samedi pour préparer les agapes du lendemain.
Le dimanche matin, les valets montaient une grosse couronne sur la dernière moyette. Cette couronne, au centre de laquelle était la croix de la revole, était artistiquement décorée de coquilles d’œufs et de morceaux de papier de couleur. Au moment des battages, cette couronne serait descendue et placée avec celles des années précédentes contre la porte de la grange. Retour en haut de page
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