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La musique

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Chaque région, chaque pays conserve ses traditions sous la forme d’airs et de chansons. Les Pays de l’Ain ne font pas exception à la règle, et comme ailleurs, l’expression des sentiments a été bien souvent confiée à la chanson, à la musique. Il est vrai qu’une mélodie simple se retient facilement.

Le répertoire des chants populaires est fort étendu, et peut être regroupé sous deux grandes séries de chansons :

- Les chansons en français, dont on ne connaît généralement pas les auteurs. Ces mélodies se retrouvent bien sûr dans d’autres régions de France, mais les habitants de l’Ain les ont fait leurs en les "actualisant", en transformant les paroles par des histoires locales, des détails de chez nous, et en les associant aux différentes circonstances de la vie. Au siècle dernier, un chercheur, Charles Guillon, en a réuni près de trois cents dans un fort volume (réédité en 1998 en deux volumes), en laissant de côté les chansons patoises.

- Les chansons en patois, beaucoup plus originales, mais qu’on considère comme moins anciennes, même si certaines proviennent de très vieilles mélodies que chantaient nos ancêtres. La plupart de celles qui ont été transcrites sur le papier, avec plus ou moins de bonheur quant au vocabulaire et l’orthographe, sont l’œuvre de gens de lettres, qui en ont en outre adapté quelques-unes sur des airs populaires connus. Ces chansons sont de toutes les fêtes où se rencontrent quelques anciens, dans les réunions de famille, dans les rencontres de village.

Mais qu’elles soient en français ou en patois, les chansons populaires s’inspirent des mêmes thèmes :

- L’ébaude, ou ancienne pastourelle, traduit un sentiment amoureux, timide, qui se cherche, ou n’ose pas se déclarer. Un oiseau, hirondelle ou rossignol, joue le rôle de messager amoureux. Parfois, c’est l’amour contrarié qui est chanté ("La Liaudaine"), soit à cause d’une différence de condition, soit à cause d’un départ, soit encore à cause de la froideur de la belle !

- Le mariage est souvent tourné en ridicule, et présenté comme une fatalité, voire un danger. Plus de poésie dans ces cas-là. Le paysan se moque alors sans façon, en égrenant les difficultés de la vie quotidienne, le ménage, les querelles conjugales, les scènes de ménage. Il aime aussi étaler les problèmes rencontrés avec une femme acariâtre, ou carrément volage. A noter quand même que cela se passe le plus souvent chez les autres, chez ses voisins !

- On compose aussi des chansons sur les événements historiques, qui sont quelque peu détournés pour produire un effet assez comique, même si ce sont des faits guerriers ("Les Autrichiens à Viriat"). On peut classer dans ce groupe les nombreuses mélodies ayant trait aux conscrits. Là, il faut d’une part démontrer sa future vaillance au combat pour défendre la patrie, et d’autre part convaincre la belle d’attendre la fin de la conscription.

- Les chansons de métier sont assez nombreuses, parlant de la vie de tous les jours, essentiellement des dures conditions de vie des paysans, celles des valets. Certaines scandent les périodes de travaux annuels.

- Enfin, toutes les cérémonies, de la naissance à la mort, font l’objet de chansons.

Chansons et ritournelles sont accompagnées le plus souvent par la vielle, instrument fort ancien, aussi ancien qu’un autre qu’on ne rencontre plus que rarement : la musette.

La vielle existe dès le Moyen Âge. Elle est l’instrument favori des Ménestrels et des Troubadours qui vont de château en château pour distraire les seigneurs et leurs cours, et qui servent aussi de colporteurs de nouvelles. A partir du règne de Louis XVI, la vielle perdra de son éclat, remplacée par d’autres instruments, et deviendra l’instrument favori des ménétriers de village… Chaque village aura en effet son joueur de vielle, son ménétrier, auquel était associé un joueur de clarinette. La plupart de ces ménétriers anciens furent de véritables artistes et donnèrent à la chanson bressane ses lettres de noblesse. Pourtant, beaucoup, pour ne pas dire la totalité, ne connaissaient pas les notions les plus sommaires de la musique et ne savaient pas déchiffrer une note (tout comme les véritables tziganes). "Mais c’étaient des musiciens nés, qui retenaient un air et l’orchestraient même, sur la vielle, avec une facilité et une justesse véritablement remarquables" (Paul Carru). Le ménétrier imitait, combinait, parfois même rafistolait les airs entendus ici ou là. " Toujours à l’affût d’une contredanse nouvelle, il épiait le militaire rentré dans ses foyers, qui sifflotait un air joué par la musique de sa garnison ; il attrapait au vol les notes échappées d’un piano voisin ; il allait enfin aux vogues où il savait que des musiciens de la ville formeraient l’orchestre du bal. Puis, la tête bourdonnante de notes confuses, il prenait son instrument pour chercher à rétablir le morceau qui lui avait plu et, à l’inspiration lui venant, il ajoutait d’un côté, retranchait d’un autre, formait un tout qui, le plus souvent, ne ressemblait guère à l’original mais dont l’allure avait un cachet particulier, de la couleur locale…" (Paul Carru)

Le clarinettiste, lui, recherchait la complexité en accompagnant le ménétrier : plus il arrivait à donner de triples ou quadruples croches, plus on disait de lui qu’il avait du doigté, pour un jour le sacrer enfin "grand musicien" : "il n’y en a point comme lui pour mener aussi bien".

La Bresse eut ainsi ses bardes renommés, ceux qui avaient le plus d’oreille et qui façonnaient une mélodie reconnaissable. Les auberges les invitaient, les cabaretiers savaient que grâce à eux, la recette augmenterait, souvent dans de grandes proportions. On les reconnaissaient de loin : "Vêtu d’un pantalon de peau de diable et de la blouse bleue très courte des cavets, il portai en bandoulière, d’un côté, un grand parapluie de cotonnade rouge, et, de l’autre, sa vielle, enveloppée dans un fourreau de serge verte. Sa figure maigre qu’éclairaient des yeux pétillants de malice, émergeait d’un col de toile bisé qui lui remontait jusqu’aux oreilles, tandis que de son chef, couvert d’une casquette plate à visière vernie, s’échappaient des cheveux blancs et drus". (Paul Carru)

Ils avaient pour nom : Denis Joseph Clerc (de bourg en Bresse), Félix Morel (de Bény), Joseph Guillermin (de Villemotier), Grenier (de Meillonnas), Prosper Convert (de Viriat), Joseph Vincent (de Verjon) et bien d’autres… Le Syndicat d’Initiative de Bourg en Bresse organisera d’ailleurs trois Congrès de Ménétriers, en 1913, en 1924 et en 1926, lieux d’échanges, de discussions passionnées. Les deux premiers peuvent se résumer à des aubades données dans la ville, puis un grand banquet. Le troisième s’ouvrit sur un petit concours entre les participants.

"La vielle se compose d’une caisse sonore à fond plat comme les guitares, ou bombée comme les luths, sur laquelle sont tendues un certain nombre de cordes, trois, quatre ou six… Ces cordes sont mises en vibration par une roue ordinairement en bois de sorbier dont la circonférence frottée de colophane les touche et les fait résonner. Deux de ces cordes, appelées "chanterelles", sont enfermées dans une boîte allongée qui contient le mécanisme, soit une série de tiges ou touches plates trouées à deux points fixes et portant des lamelles de bois taillées en lames de couteau : ce sont les sautereaux. Le clavier se compose généralement de 23 ou 24 touches. Les diatoniques sont noires, et les dièzes qui les surmontent sont en os ou en ivoire. La position de ces touches est telle que, enfoncées par les doiogts de la main gauche, elles viennent appuyer sur la corde à l’endroit convenable pour produire les notes de la gamme, et le son se produit aussitôt que la main droite actionne la roue au moyen de la manivelle. Deux autres cordes tendues en dehors du clavier et de chaque côté de la roue sont mises également en vibration, mais sans que leur longueur puisse être modifiée par un mécanisme quelconque. Elles forment pédales, donnant la tonique et la quinte du ton d’une façon continue : ce sont les bourdons. L’un d’eux repose sur un chevalet, appelé trompillon, dont un seul pied est fixe, de façon à produire, quand la corde vibre, une sorte de tremblement ou nasillement continu dont on règle la fréquence et l’intensité au moyen d’une cheville dans le tire-cordes". (Paul Carru)

Ajoutons à cette description que les vielle de Bresse sont pratiquement outes bombées, pour les différencier des vielles des "mendiants" : au XIXeme siècle, les petits ramoneurs savoyards jouaient aussi de la vielle pour récolter quelques pauvres sous supplémentaires. Leurs vielles étaient plates.

L’autre instrument tombé en désuétude, est la musette. On donne ce nom à divers instruments à anches dont la cornemuse bourbonnaise, le biniou breton, la musette auvergnate. Elle est formée d’une espèce de sac de cuir ou réservoir que l’on garde plein à l’aide d’un petit soufflet coincé sous le bras gauche. Deux tuyaux sont fixés au réservoir. L’un d’eux est percé de trous, pour pouvoir produire des sons : c’est le chalumeau. L’autre ne produit qu’un son d’accompagnement, le bourdon. On sait que la noblesse de la Renaissance adorait jouer de la musette. Elle connut aux XVIeme et XVIIeme siècles, un engouement important. Mais c’était un instrument fragile, trop sensible au chaud, au froid, à l’humidité, et il tomba peu à peu dans l’oubli, à part quelques fanatiques qui l’employèrent dans quelques villages. L’invention de la clarinette devait lui porter le coup de grâce. Les "vielleux", comme on les appelaient alors, accompagnaient danses et célébrations diverses. On a en effet souvent représenté l’habitant de nos contrées comme une personne taciturne, renfermée, bourrue. Cela, c’est essentiellement en présence d’étrangers, ou des "bourgeois". Le paysan savait manifester , parfois bruyamment, son enthousiasme, sa joie de vivre. Chaque période de la vie, la naissance, le baptême, les fêtes religieuses, le mariage…, était prétexte à des danses, à des chants, que ce soit à un repas de cochon, une revole, ou encore à la vogue !

De nos jours, les divers groupes folkloriques remettent à l’honneur instruments anciens, chants traditionnels, et danses de nos aïeux, pour le plus grand palisir des participants aux fêtes dans lesquelles ils se produisent.


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